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Culture d’apprentissage en entreprise : en 2026, l’expert n’est plus celui qui sait, mais celui qui apprend.

25 Mar 2026

Voici un scénario que j’observe régulièrement en accompagnement. Une entreprise recrute un profil senior : CV parfait, 15 ans d’expérience, maîtrise technique irréprochable. Tout le monde est rassuré ! Bref, le package idéal qui rassure tout le monde. Trois ans plus tard, ce même profil est devenu un frein. Pas par manque de compétences passées mais parce qu’il a arrêté d’apprendre.

Ce n’est pas un cas isolé. C’est un signal faible qui se transforme en risque stratégique pour les organisations qui ne l’anticipent pas.

L’intelligence artificielle, l’automatisation et la transformation des business models ont raccourci la durée de vie des compétences techniques. Dans ce contexte, la culture d’apprentissage en entreprise n’est plus un « nice to have » : c’est un levier de performance et de survie. Pour les dirigeants et les responsables RH, cela change radicalement la façon de recruter, de manager et de développer les talents.

Pourquoi l’expertise figée devient un risque pour l’entreprise.

L’expert de 2020 déjà obsolète en 2026 ?

L’expertise n’a pas changé de nature, elle a changé de durée de vie. Un profil qui avait toutes les réponses en 2020 peut se retrouver en décalage profond en 2026. Ce n’est pas qu’il est moins compétent, c’est que les questions ont changé.

L’enjeu pour les dirigeants est précis : comment identifier, dès le recrutement ou dans la gestion des talents internes, si un expert a conservé sa capacité à se mettre à jour ou s’il s’appuie uniquement sur des certitudes acquises dans un contexte qui n’existe plus ? En 2026, l’obsolescence n’est pas une question d’âge, mais une question de posture. Celui qui refuse les nouveaux outils ou campe sur ses positions devient, malgré lui, un poids pour l’agilité collective.

La durée de vie des compétences techniques se raccourcit.

On parle de compétences “périssables” : des savoir-faire techniques qui s’effacent sous l’effet de l’automatisation, de l’IA ou des évolutions de marché. Ce phénomène touche en premier lieu les métiers les plus techniques (développement, finance, marketing digital, logistique) mais aucun secteur n’est épargné.

Le World Economic Forum le documente clairement : d’ici 2030, l’IA, l’automatisation et la connectivité mondiale transformeront profondément les métiers. Les compétences clés qui résisteront sont la créativité, l’adaptabilité, la résolution de problèmes complexes et, au centre de tout, la capacité d’apprentissage continu.

Le coût caché de l’expert qui n’évolue plus.

Un expert figé ne stagne pas seulement lui-même : il ralentit l’organisation autour de lui. Les impacts sont multiples et souvent sous-estimés dans les bilans RH.

Sur le plan de l’innovation, il crée un angle mort collectif. Ses certitudes deviennent des biais de décision. Les projets de transformation se heurtent à sa résistance, souvent légitime à ses yeux et paralysante pour les équipes qui portent le changement.

Sur le plan RH, les tensions entre “anciens” et “nouveaux” profiles freinent la culture de collaboration et démotivent les talents en développement. Un phénomène qui provoque du turnover, de la perte de compétitivité et de la dépendance accrue au recrutement externe.

De “savoir” à “apprendre” : redéfinir ce qu’est un expert en 2026.

L’expert comme système d’apprentissage.

La définition traditionnelle de l’expert est dépassée. En 2026, un expert pertinent n’est plus uniquement celui qui détient le savoir mais également celui qui sait se remettre à jour en continu. Non pas quelqu’un qui a tout appris, mais quelqu’un qui a développé une capacité structurelle à chercher, tester, intégrer et transmettre.

Comme un muscle, cette capacité se travaille. Elle se renforce avec l’usage et inversement s’atrophie avec l’inaction. Et comme pour tout muscle, c’est au dirigeant de créer les conditions pour que l’entraînement soit possible.

”Apprendre à apprendre”, qu’est ce que cela signifie en entreprise ?

La learnability, c’est tout simplement votre agilité d’apprentissage. Derrière ce terme se cache une aptitude précieuse : celle de rester en mouvement. Concrètement, cela signifie chercher l’information, tester des idées neuves, accueillir les retours avec recul et ajuster ses habitudes.

On s’éloigne ici de la formation classique et théorique, suivie une fois l’an puis oubliée. Le secret réside dans un apprentissage au plus proche de la réalité du terrain, fondu directement dans vos routines de travail quotidiennes. Une véritable culture d’apprentissage en entreprise transforme chaque mission en terrain d’entraînement. Les résultats parlent d’eux-mêmes : intégrer le développement des compétences au flux d’activité accélère la maîtrise du poste et renforce l’engagement des collaborateurs. C’est un levier majeur pour un management qui souhaite conjuguer performance et épanouissement.

Les comportements concrets de l’expert qui apprend

Comment repérer un talent qui apprend vraiment ? Sur le terrain, quatre réflexes sautent aux yeux chez un collaborateur qui cultive son agilité d’apprentissage :

  • La curiosité active : poser des questions sans attendre d’y être invité, explorer des outils ou approches hors de sa zone de confort.
  • L’expérimentation : tester des méthodes, accepter de faire des essais rapides sans garantie de résultat.
  • La réflexivité : analyser ses erreurs sans se justifier, ajuster sa posture.
  • Le partage : transmettre ce qu’on apprend, co-construire avec les autres plutôt que protéger son expertise.

Pourquoi les dirigeants doivent recruter la curiosité autant que les compétences ?

Recruter uniquement sur la technique : une stratégie de courte vision.

Un CV parfait ne dit rien de la capacité d’un candidat à rester pertinent dans deux ou trois ans. Il documente ce que la personne sait faire à l’instant T pas ce qu’elle sera capable d’apprendre.

Les chiffres sont sans appel : 63 % des employeurs trouvent que leurs équipes manquent de souplesse face aux imprévus. Côté salariés, c’est la douche froide. À peine 16 % se sentent vraiment équipés pour réussir demain (selon Lighthouse Research & Advisory, 2024). On fait souvent fausse route sur la cause. Le souci ne vient pas d’un manque de budget ou de catalogue de formation. Le vrai frein, c’est l’absence d’une culture d’apprentissage en entreprise capable de rendre ces savoirs utiles sur le long terme.

La curiosité comme assurance-vie face aux mutations technologiques.

Dans un environnement où les métiers de 2030 n’existent pas encore, la seule constante fiable est la capacité d’apprentissage. Un collaborateur curieux, capable d’expérimenter et d’intégrer rapidement des retours d’expérience sera toujours plus résilient qu’un expert brillant mais imperméable au changement.

Oubliez l’idée que la curiosité serait un don réservé à une poignée d’élus. Tout se joue dans vos modes de management, votre réelle tolérance face aux échecs et vos rituels d’intelligence collective. En créant le bon terreau, vous transformez l’envie d’apprendre en un automatisme partagé plutôt qu’en une prise de risque individuelle.

L’impact business d’une culture d’apprentissage.

Les entreprises dotées d’une forte culture d’apprentissage affichent des taux de rétention supérieurs, plus de mobilité interne et un vivier managérial mieux préparé. Elles réduisent leur dépendance au recrutement externe, source de coûts élevés et d’intégrations aléatoires.

La différence entre une entreprise “qui forme” et une entreprise “qui apprend” est fondamentale. La première achète des contenus. La seconde construit une capacité organisationnelle à évoluer. C’est cette capacité-là qui constitue un avantage concurrentiel durable.

Comment évaluer et cultiver la culture d’apprentissage chez vos experts et managers ?

Adapter ses pratiques de recrutement.

Intégrer des questions d’entretien centrées sur la learnability : qu’avez-vous appris ces six derniers mois ? Comment avez-vous géré une situation où vos méthodes habituelles ne fonctionnaient plus ? Quelle erreur vous a le plus appris récemment ?

Misez sur les mises en situation : elles dévoilent la mécanique de réflexion bien mieux qu’une réponse parfaite. Un candidat qui tâtonne, émet des hypothèses et ajuste son tir en direct révèle une learnability bien plus riche que celui qui se contente de réciter une leçon apprise par cœur. C’est précisément là que vous détectez l’agilité qui fera la différence au sein de votre organisation apprenante : le potentiel de croissance bat toujours la connaissance figée

Créer les conditions pour que l’apprentissage soit possible.

Trois leviers sont déterminants pour créer ces conditions :

  • Bloquer du temps réel dans les agendas. Un apprentissage relégué aux marges de l’emploi du temps n’existe pas. Les organisations les plus performantes intègrent l’apprentissage dans le flux de travail, pas en marge.
  • Permettre l’expérimentation : droit à l’erreur maîtrisé, projets pilotes, petits tests à faible risque. Sans ce droit à l’erreur, la curiosité s’autocensure et l’apprentissage s’arrête.
  • Favoriser l’apprentissage par le relationnel : mentoring, pair learning, communautés de pratique. L’intelligence collective se construit dans l’échange pas dans les formations descendantes en solo.

Manager par la progression, pas seulement par le résultat.

La posture de manager-coach change la relation à la performance. Valoriser les efforts d’apprentissage, pas uniquement les résultats, crée un environnement où les collaborateurs osent sortir de leur zone de confort.

Intégrer des objectifs d’apprentissage dans les entretiens annuels envoie un signal fort : progresser est attendu et valorisé au même titre que performer. C’est un changement de paradigme simple dans le fond, mais profond dans ses effets sur la culture interne.

Les 3 erreurs à éviter si vous voulez des experts qui restent à jour.

Erreur n°1 : Confondre ancienneté et expertise vivante.

Dix ou vingt ans d’expérience sont un indicateur de trajectoire. L’ancienneté sans mise à jour continue devient un facteur de rigidité. Dans le cadre du diagnostic RH et de la gestion des talents, il faut distinguer l’expérience accumulée de l’agilité d’apprentissage actuelle.

Erreur n°2 : Externaliser systématiquement la compétence.

Recruter à l’extérieur pour chaque nouveau besoin en compétences est une réponse immédiate. Elle génère des coûts élevés, fragilise la cohésion d’équipe et appauvrit le vivier interne. L’upskilling et la mobilité interne sont des leviers sous-exploités dans la majorité des organisations, alors qu’ils constituent des éléments clés d’une stratégie de rétention solide.

Erreur n°3 : Réduire la formation à un catalogue de modules.

Chercher systématiquement une solution à l’extérieur pour chaque nouveau besoin est un réflexe de court terme qui coûte cher. Au-delà des factures de recrutement, cette pratique bouscule l’équilibre de vos équipes et finit par tarir votre vivier interne. L’upskilling (la montée en compétences) et la mobilité interne restent des leviers trop peu utilisés dans beaucoup d’entreprises. Ils forment la base d’une stratégie de rétention solide : valoriser le potentiel déjà présent chez vous avant de regarder ailleurs.

Conclusion : faites de l’apprentissage un réflexe organisationnel.

Instaurer une culture d’apprentissage en entreprise dépasse largement le cadre du budget formation ou du cumul de modules suivis. C’est avant tout un choix de leadership. Cela revient à décréter que la curiosité, la progression et l’expérimentation deviennent des piliers opérationnels, suivis et encouragés au quotidien.

Pour vous, dirigeants et responsables RH, ce pivot se résume en une phrase mais demande un vrai courage managérial : quitter l’évaluation du savoir pur pour nourrir le développement de la learnability. On ne juge plus ce qu’un collaborateur possède comme connaissances figées, on stimule son aptitude à en acquérir de nouvelles.

Où en sont réellement vos managers et vos experts sur ce terrain ? Si vous souhaitez mesurer l’agilité d’apprentissage de vos équipes et repérer vos leviers de croissance prioritaires, passons à l’action.